|
La violence dans les médias est à l'origine d'un débat de société qui, en 30 ans, n'a toujours pas trouvé de réponses définitives. L'influence que pourrait avoir la violence présentée dans les médias sur la violence réelle constitue le nœud du débat. Une bataille politique s'est rapidement engagée entre ceux qui, assurés de l'effet néfaste de la violence des médias, souhaitent la contrôler afin de protéger les enfants et ceux qui affirment que de telles mesures ouvrent la porte à la censure et dissimulent les causes réelles de la violence dans notre société.
La question de la violence dans les médias demeure entière. De plus en plus, le débat se concentre sur la « culture de la violence » et la normalisation de l'agressivité et du manque d'empathie dans nos sociétés.
Cette section propose un survol de l'évolution des représentations violentes dans les différents médias, ainsi qu'une analyse des raisons qui incitent l'industrie de l'information et du divertissement à exploiter la violence. Elle offre, en outre, une vue d'ensemble des conclusions des recherches, un exposé des politiques gouvernementales dans le domaine, un examen des principaux arguments dans le débat et une analyse du rôle que peut jouer l'éducation aux médias pour aider les jeunes à mettre les contenus violents en perspective. On y trouve également des liens vers des articles essentiels sur la question de même que les résultats des enquêtes et sondages les plus récents.
L'essor des moyens de communication nous conduit à être toujours davantage exposés à la violence. Les gouvernements des pays occidentaux se sont lancés à l’assaut du problème de différentes façons : promotion de la puce anti-violence sur les téléviseurs (V-chip), promulgation de codes de classification des émissions, éducation des parents à la connaissance des médias... Il ressort certainement de tout cela des dispositions intelligentes et l’émergence d’une indispensable prise de conscience. Toutefois, lorsque l’on étudie les documents officiels, on décèle une évidente tiédeur face à la violence qui est le reflet de la complaisance d’un large public. La violence a déjà parcouru un long chemin dans nos psychismes. Elle s’y trouve ancrée et y forme un solide conditionnement.
Penchons-nous, par exemple, sur le Code d’Application Volontaire, en usage au Canada, destiné aux producteurs et aux diffuseurs d’émissions. Nous y trouvons des recommandations tout à fait sensées mais aussi une tolérance bien étrange comme en témoigne cet article : "Dans les émissions où les interprètes sont des personnes réelles, il ne faut utiliser la violence que si celle-ci est essentielle au déroulement de l’intrigue ou à l’évolution des personnages". On voit bien là le souci incohérent de respecter une liberté d’expression mal comprise qui revient à laisser la part belle à l’étalage de la violence.
Ailleurs, en France notamment, on constate la même préoccupation de distinguer un seuil de tolérance acceptable pour la violence. Soyons clairs. La frontière de l’acceptable a été pulvérisée depuis longtemps et les effets nocifs de l’exposition à la violence ont été mis en évidence depuis des décennies. Le cocktail télévision et violence est particulièrement explosif du fait de la passivité que la télévision induit : on assiste à 2 crimes par heure sur la télévision française (rapport du CSA de l’automne 1995)... et chaque enfant, aux Etats-Unis, est exposé à 8000 meurtres et 100000 actes de violence entre 7 et 12 ans (Telecommunications Act of 1996).
Même si l’exposition à la violence ne conduit pas systématiquement au crime, l’augmentation de l’agressivité est une évidence dans nos sociétés : la déstabilisation générale des individus est un simple constat. Alors, faut-il que les gouvernements prennent des mesures coercitives de grande ampleur et agitent le couperet de la censure pour faire reculer ce danger ? Non, l’Amour demeurera toujours synonyme de responsabilisation et de prise de conscience individuelle. Il appartient à chacun de comprendre que le terrain d’action de la violence est extrêmement vaste : images brutales, pression psychologique, exaltation de tout ce qui voue l’individu à devenir l’esclave de pulsions artificielles, course à la réussite, éloge de la compétition, glorification de l’argent et du plaisir immédiat... Ce sont quelques uns des nombreux agents de la violence !
Mais qui donc permet à ces fléaux de se répandre si facilement ? Qui est le premier média porteur de cette négativité et qu’il convient de dénoncer au plus tôt ? Vous et moi ! Réfléchissons bien à cela avant de nous en prendre à la télévision, à Internet ou aux paparazzi... La violence est l’univers de l’excès, elle se nourrit de l’exagération et s’enfle avec la valorisation qu’elle procure à notre ego. Nous sommes trop habitués à baigner dans ses ondes négatives, à les banaliser et à nous satisfaire des émotions qu’elles nous font vivre. Finalement, nous entretenons un capital de violence à l’intérieur de nous et le nourrissons par la pesanteur de nos actes et la lourdeur de nos interactions avec autrui.
Cessons d’accroître le champ destructeur de la violence. Commençons par ne pas véhiculer de pensées ou de paroles négatives mais cultivons la positivité. Il nous revient de ne jamais donner la parole à la violence : ne la laissons pas s’exprimer en nous, élevons-nous à un plan supérieur, changeons de fréquence.
a violence, au même titre que l’agressivité et la combativité, est au principe nos actions individuelles ou collectives. Comme destructivité, elle menace continuellement la stabilité de nos relations les uns avec les autres. Malgré tout, la violence demeure, avec différentes modulations, une des caractéristiques du développement de l’humanité.
Il est curieux, qu’aujourd’hui, nous nous éveillions à son existence, sans mesurer combien la violence (telle qu’elle nous est montrée, désignée, « ghettoisée ») ne nous interroge pas davantage. N’y avait-il pas un film qui éveilla les consciences sur ce sujet ? La Haine de Mathieu Kassovitz a raflé une quantité de prix (prix de la mise en scène au festival de Cannes de 1995, césar du meilleur film en 1996). Et pourtant rien. Rien n’a été fait dans les banlieues pour améliorer les conditions de vie. Quelques associations de terrain continuaient malgré tout leur travail au sein des quartiers.
Comment interpréter, dès lors, cette recrudescence de la violence ?
La politique a, depuis des années, laissé pourrir la situation. Aucune réflexion sur le développement urbain des villes, aucune aide, aucune proposition de travail, de structure d’accueil n’ont été mis en place.
Cependant l’autre aspect capital du nouveau visage de la violence tient à l’importance qu’y prennent les médias. Compte tenu des craintes ou des espérances dont elle est porteuse, ainsi que des réseaux d’information qui quadrillent nos sociétés, ce ne sont pas tant les violences effectives ni le décompte objectif des dégâts et des pertes qui importent, mais bien ce que nous en apprenons, ce que nous en imaginons, ce que nous en voyons ou pouvons en voir. Il n’y a plus de commune mesure entre notre aujourd’hui où les satellites diffusent une information dans le même temps en tous les points du globe et le monde d’hier où la chute d’un poste frontalier (par exemple), mettait des jours à parvenir à l’autorité centrale d’un pays.
A l’heure actuelle, le spectaculaire compte plus que la réalité de ce qui arrive, et les symboles débordent les faits eux-mêmes. Les guerres meurtrières ou l’extrême misère de certains pays passent pratiquement inaperçues, alors que des évènements de moindre importance sont mis en avant. La stratégie de la peur s’impose progressivement dans nos inconscients. La bataille pour les images fait rage, elle est le prolongement direct des affrontements sur le terrain. Deux clans se distinguent clairement dans la nuit : celui des « flambeurs » de voiture et celui des forces de l’ordre. Ne soyons pas dupes, une telle mise en spectacle d’un évènement compromet la vie et la tranquillité possible des habitants de toute une ville, de toutes les banlieues (d’ailleurs).
Plus qu’hier encore, au cœur même des zones de « conflits », le terme de « désinformation » prend tout son sens et sa signification. La prise en compte de l’impact des actions dans les médias fait, désormais, partie de la stratégie. C’est exactement le but de tout acte terroriste d’ailleurs. Si le terrorisme porte atteinte aux rouages essentiels de l’Etat, il cherche d’abord à attirer l’attention sur ses revendications propres et éventuellement à produire, grâce aux relais des médias, un sentiment diffus d’insécurité mettant en cause l’appareil d’Etat à maintenir l’ordre.
Faut-il pour autant dire que la politique française, face à ces évènements, soit terroriste ?
En tous les cas elle vise à terroriser la population. Plus qu’hier, il est essentiel de prendre en compte le facteur de « figurabilité » propre aux évènements eux-mêmes. Il est évident que certains actes se prêtent mieux que d’autres à la mise en spectacle et donc à la diffusion. La violence, étant elle-même une infraction ou une crise par rapport à un état normal, bénéficie d’emblée d’une solidarité ou d’un lien immédiat avec les médias. Les journaux ne peuvent se passer des faits divers qui sortent de la normalité, de la « banalité » du quotidien. L’anormal (des voitures flambées, par exemple) est plus neuf que le déjà vu (une exposition de peinture, par exemple). Mais cette nécessité de l’impact entraîne une conséquence immédiate : les violences qui durent ou se transforment en état de fait tendent à perdre leur impact. Cette diversité en matière de figurabilité privilégie ainsi le spectaculaire, l’unique, le quantitatif immédiat, par rapport à l’ordinaire.
Ainsi la violence réelle n’a plus rien à voir avec la violence diffusée. Mais la violence diffusée contribue, sans aucun doute, à produire et à entretenir des sentiments d’insécurité qui pèsent lourd dans la vie politique ou sociale. L’autre point sur lequel, nous n’avons pas réfléchi suffisamment, à mon sens, c’est que la diffusion de la violence par les médias a influencé notre comportement, elle nous a apporté et banalisé (dans le même temps) une certaine habituation à la violence. Depuis des années, plutôt que de réfléchir à la non violence nous avons appris à styliser la violence, à la stigmatiser et même à l’esthétiser.
|